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ELGA (5)

Il enleva sa petite Oiseau devenue Elga au détour d’une hallucination nerveuse une de ces après-midi extraordinairement douces où la lumière tombant fait des petites taches scintillantes dans l’air froid, au sortir de l’école. Violence ne fut pas faite à la petite qui s’en sortit relativement bien malgré un grand étonnement et, pour la première fois de sa vie, la découverte d’une peur obscure, venue d’un monde primitif et barbare enfoui sous des siècles de conventions sociales, une longue nuit de l’âme dont elle ignorait encore tout mais dont apercevait malheureusement trop tôt les violents combats. On dégagea la petite des bras de l’Italien qui pleurait en la serrant amoureusement contre son cœur et on envoya le satyre directement à Fresnes où il devrait indéfiniment raconter, toujours pleurant, qu’il ne savait pas pourquoi il avait soudainement eu besoin d’elle comme si sa vie en dépendait.

04.19.12 0
ELGA (4)

L’histoire contée dans l’opéra ne lui convenait pas, son esprit refusait de s’y égarer, il inventa d’autres contes pour sa princesse d’un autre monde et l’appela Elga pour achever sa création.  

La petite Elga grandissait dans un village du Caucase en époque indéfinie à la lisière d’une forêt qu’Alighieri imaginait belle comme une enluminure.
On offrait à l’enfant des jouets de bois pour qu’elle ne s’habitue pas à la richesse ainsi que des berceaux, des bols et leurs pilons pour moudre le café, un grattoir en ivoire poli et gravé servant à travailler les peaux afin qu’elle apprenne à exercer les corvées d’une femme.

Mais la petite Elga ne s’en contentait pas et demanda un jour à son père de lui offrir un traîneau ainsi qu’un arc, des flèches et une lance.
- Pourquoi est-ce que tu voudrais des jouets de garçon ? s’étonna-t-il.
- Pour aller chasser avec toi quand je serai grande, répondit la petite.

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04.19.12 2
ELGA (3)

Dans les yeux amoureux du vieil Alighieri, la petite princesse russe était tombée là par erreur, évadée d’un royaume fait de terres glacées et d’immenses forêts sombres où des femmes en jupes bariolées et bottes d’ours constituaient sa cour, l’entourant de bijoux en verre coloré, de jouets peints et d’un amour respectueux.
Dans ses rêves étourdis, il la voyait traverser la taïga, portée par cette garde en jupons, dans une sorte de carriole recouverte d’un grand tais en fin tissu blanc laissant apparaître les ombres sous le soleil pâle, fixé sur une armature en cerceaux qui faisait un bombé tout autour de l’équipage. La petite, nichée entre des couvertures de fourrure blanche, de velours pourpre et de fils d’or, dormait à poings fermés, des petits grelots dorés attachés à ses socques en bois laqué de rouge tintant joyeusement à chaque secousse de la carriole.

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04.19.12 2
ELGA (2)

Dans ses rares promenades l’Italien croisait la sortie d’une école privée catholique, Les Oiseaux, aux élèves reconnaissables à leurs uniformes d’un bleu encre. Marchant en troupe, ils défilaient dans les rues du seizième arrondissement comme les survivances d’une autre époque, silencieux caravansérail.
Une de ces Oiseaux se ruant à un passage piéton, toute joie et fureur d’être sortie de l’école, percuta brutalement le genou de l’Italien et s’effondra à ses pieds avec un piaillement surpris. Cette petite créature faite de mollesse, de lait, de sucre et de baisers qui criait sa vexation en montrant son genou écorché étonna le vieil Italien par la blancheur de son teint encadré de cheveux bruns aux reflets de miel, ses yeux bleus-verts à l’éclat doré, la délicatesse de ses petites mains de poupée dans son manteau bleu à manches ornées de fourrure.

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04.19.12 3
ELGA (1)

Lorsque j’étudiais le modélisme à l’école, il m’arrivait de passer des nuits entières sur le croquis d’un patron de veste ou de pantalon à pinces, jusqu’à ce que mes yeux me brûlent, sans dormir plus d’une heure ou deux. Mon appartement, trouvé, décoré et payé par les soins attentifs de ma mère ressemblait à un champ de mines après explosion. Pour dormir sur le grand lit qui occupait tout l’espace, il me suffisait de déplacer une pile de croquis, de repousser du pied un amas de livres, et de me loger en chien de fusil entre ces remparts vacillants. J’allais ensuite en cours, mon volume de dessins avec moi, étourdi et affamé, avec cette sensation de crasse partout sur le corps que procure la fatigue et qu’il est impossible de détacher, même après un torrent de savon.

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04.19.12 2
Sortir de l’obscurité

Je t’aurais offert des contes magnifiques, de mes deux mains je t’aurais façonné un univers où tu aurais été en sécurité.
Je t’aurais protégé, je t’aurais blotti contre moi. Mon corps comme demeure, mon corps comme forteresse.
Je t’aurais aimé pour que tu saches aimer à ton tour.

Je t’aurais appris à te battre, je t’aurais appris à être juste.
Je t’aurais appris à retenir ton bras avant de frapper et à ne pas perdre ton honneur dans des sentiments de rancune.
Je t’aurais appris à sourire aux méchants et à pardonner aux injustes.
Je t’aurais appris à voir de la beauté en toute chose car c’est la seule façon d’être vivant.
Je n’aurais pas gémi à tes erreurs parce que tu aurais alors appris à être plaint.

J’aurais marché avec toi jusqu’à ce que tu n’aies plus besoin de mon bras.
Et aurais continué de veiller jusqu’à ce que tu reviennes à la recherche d’un appui.
Avec patience, fermeté et tendresse, je t’aurais sorti de l’obscurité primitive.

J’aurais fait de toi un homme.

04.08.12 1

A toi, correcteur de textes qui m’a accusée sans preuves d’avoir copié un texte existant écrit par la main d’un autre.
Et qui a en tapé une ligne dans Google afin d’en retrouver la source.
Et qui, par malheur, est bel et bien remonté à la source : sur mon blog.
Blog par ailleurs doté d’un bel outil de statistiques, très précis, très efficace.

Je t’ai vu.

Faisons la paix et je t’en écrirais des milliers d’autres, des textes cachetés au sceau de l’exclusivité. Pas forcément bons, je ne peux pas tout promettre, mais tu seras le premier, le seul, l’unique, sur l’affaire.

04.03.12 3
Zoom LES ANTI HEROÏNES #6
Le rejet des rites sociaux
Ni l’une ni l’autre n’ont la moindre fascination pour les étapes de vie normalisées par la société. Mariage et enfants les indiffèrent, voire les terrifient. Leurs visions de la vie sont trop combatives (Lisbeth) ou autocentrées (Mavis).Pour justifier ces personnages au sein de la fiction, il a malheureusement fallu trouver des causes tangibles à ce rejet qui apparaît comme anti naturel.
Pour Lisbeth, il y aura une enfance traumatisante et un viol. Pour Mavis, ça sera la fausse couche et un mariage raté. 
Toutes les deux sont composées de traits de caractères régressifs qui servent à expliquer ce qui passe donc pour de l’immaturité affective. Comme si on cherchait à donner au « monstre social » des couleurs plus vives afin d’en étouffer la dimension impressionnante.Parmi les traits de caractère “adolescents” que l’on retrouve chez ces deux personnages : l’inadaptation sociale, l’hygiène de vie déplorable, le goût immodéré pour l’alcool et la junk food, les relations sexuelles sans lendemain. 
Il est souligné qu’elles sont des femmes dénaturées dès lors qu’elles inscrivent dans un non désir de couple et d’enfant : soit en déplaçant le personnage vers un comportement stéréotypé masculin (Lisbeth), soit en niant tout simplement sa féminité (Mavis décrivant son échec à concevoir un enfant comme un ravage irréversible). 
Toutes deux s’auto définissent, par jeu, défi ou bravade comme folles. Toutes deux sont parfaitement malines et sensées, voire largement au-dessus du lot. Mais comment pourraient-elles se définir autrement, dans une société où le seul moyen de justifier  sur le plan narratif qu’elles aient eu des projets de vie différents que de fonder un foyer est de brandir un traumatisme sordide ?
 On est heureusement dans le cadre de la fiction romanesque. La vie au-dehors permet aux profils multiples d’exister sans avoir à justifier leur caractère autre par des expériences douteuses. Reste à attendre que la communication prenne enfin en compte ces parcours et individus qui façonnent leurs existences autrement que sur tableur.

LES ANTI HEROÏNES #6

Le rejet des rites sociaux

Ni l’une ni l’autre n’ont la moindre fascination pour les étapes de vie normalisées par la société. Mariage et enfants les indiffèrent, voire les terrifient. Leurs visions de la vie sont trop combatives (Lisbeth) ou autocentrées (Mavis).
Pour justifier ces personnages au sein de la fiction, il a malheureusement fallu trouver des causes tangibles à ce rejet qui apparaît comme anti naturel.

Pour Lisbeth, il y aura une enfance traumatisante et un viol. Pour Mavis, ça sera la fausse couche et un mariage raté.

Toutes les deux sont composées de traits de caractères régressifs qui servent à expliquer ce qui passe donc pour de l’immaturité affective. Comme si on cherchait à donner au « monstre social » des couleurs plus vives afin d’en étouffer la dimension impressionnante.
Parmi les traits de caractère “adolescents” que l’on retrouve chez ces deux personnages :
l’inadaptation sociale, l’hygiène de vie déplorable, le goût immodéré pour l’alcool et la junk food, les relations sexuelles sans lendemain.

Il est souligné qu’elles sont des femmes dénaturées dès lors qu’elles inscrivent dans un non désir de couple et d’enfant : soit en déplaçant le personnage vers un comportement stéréotypé masculin (Lisbeth), soit en niant tout simplement sa féminité (Mavis décrivant son échec à concevoir un enfant comme un ravage irréversible).

Toutes deux s’auto définissent, par jeu, défi ou bravade comme folles. Toutes deux sont parfaitement malines et sensées, voire largement au-dessus du lot. Mais comment pourraient-elles se définir autrement, dans une société où le seul moyen de justifier  sur le plan narratif qu’elles aient eu des projets de vie différents que de fonder un foyer est de brandir un traumatisme sordide ?


On est heureusement dans le cadre de la fiction romanesque. La vie au-dehors permet aux profils multiples d’exister sans avoir à justifier leur caractère autre par des expériences douteuses. Reste à attendre que la communication prenne enfin en compte ces parcours et individus qui façonnent leurs existences autrement que sur tableur.

04.02.12 1
Zoom LES ANTI HEROÏNES #5
La vie affective
Toutes deux définies comme inaptes aux émotions, à deux milles lieux de la figure de l’amoureuse classique et romanesque, elles sont pourtant des expressions brutes de sentiments plus complexes et intéressants que la jeune femme amourachée dans une comédie romantique lambda.
Lisbeth protège avec une discrétion toute en tendresse et en velours son partenaire pourtant plus âgé, expérimenté et solide qu’elle. Si cette protection a d’abord quelque chose de saugrenu, elle lui sauvera tout de même la vie en risquant la sienne.
Cette idée de dévouement à l’autre en dépit de toute rationalité se retrouve chez Mavis, en plus névrotique, lorsqu’elle se persuade qu’elle peut sauver l’existence de son ex petit ami, sur le plan symbolique, en l’extrayant de son patelin sordide pour lui offrir une vie plus trépidante.
Sur le plan amoureux, ces personnages féminins sont à la fois des prédateurs et des figures de protection. Prédateurs envers le monde, protecteurs jusqu’au-boutistes envers la personne unique qu’elles ont décidé d’aimer.
Egales intellectuelles des hommes qu’elles fréquentent, ces deux personnages ressentent une reconnaissance forte envers ceux avec qui elles ont pu créer une relation d’égalité et de confiance, justement détachée de toute séduction à leur encontre. Dans le cas de Lisbeth, on ressent une forme d’infini soulagement à pouvoir côtoyer et vivre sous le même toit que Michael sans qu’il ne tente aucune approche de séduction. Il ne la traite pas en bête curieuse ou en cible, mais en bien en soutien nécessaire.
Mavis est irrémédiablement attirée par un homme qui ne veut pas d’elle mais qui la connaît comme si elle était sa sœur et qui la respecte autant qu’il l’estime. Elle déclare à plusieurs reprises « C’est un homme bien. Il est gentil. »
Chez une comme chez l’autre, la gentillesse des hommes est un facteur déclenchant. C’est un fait rare, qui mérite de la reconnaissance et qu’elles traitent en tant que tel. Le constat est cependant amer. « J’ai toujours su compter sur la bonté des inconnus », déclarait Huma dans Tout sur ma mère, résumant le problème affectif de ces héroïnes à cran. La gentillesse est rare, la gentillesse est louche. Etre sensible à la gentillesse s’achève toujours sur un fiasco émotionnel (Mavis et Lisbeth sont rejetées par les hommes qui leur ont tendu la main et qu’elles ont voulu aider à leur tour).
La gentillesse devient donc uniquement un moyen de parvenir à ses fins, quelque chose dont il faut profiter sur l’instant, quitte à se donner pour que l’échange soit équitable, et clore là la transaction.
Sans aller aussi loin dans le refus d’engagement émotionnel, les relations hommes-femmes n’ont-elles pas beaucoup évolué depuis les représentations en traits grossiers de femmes cherchant à tout prix à s’engager ou tombant infailliblement amoureuses ?

LES ANTI HEROÏNES #5

La vie affective

Toutes deux définies comme inaptes aux émotions, à deux milles lieux de la figure de l’amoureuse classique et romanesque, elles sont pourtant des expressions brutes de sentiments plus complexes et intéressants que la jeune femme amourachée dans une comédie romantique lambda.

Lisbeth protège avec une discrétion toute en tendresse et en velours son partenaire pourtant plus âgé, expérimenté et solide qu’elle. Si cette protection a d’abord quelque chose de saugrenu, elle lui sauvera tout de même la vie en risquant la sienne.

Cette idée de dévouement à l’autre en dépit de toute rationalité se retrouve chez Mavis, en plus névrotique, lorsqu’elle se persuade qu’elle peut sauver l’existence de son ex petit ami, sur le plan symbolique, en l’extrayant de son patelin sordide pour lui offrir une vie plus trépidante.

Sur le plan amoureux, ces personnages féminins sont à la fois des prédateurs et des figures de protection. Prédateurs envers le monde, protecteurs jusqu’au-boutistes envers la personne unique qu’elles ont décidé d’aimer.

Egales intellectuelles des hommes qu’elles fréquentent, ces deux personnages ressentent une reconnaissance forte envers ceux avec qui elles ont pu créer une relation d’égalité et de confiance, justement détachée de toute séduction à leur encontre.
Dans le cas de Lisbeth, on ressent une forme d’infini soulagement à pouvoir côtoyer et vivre sous le même toit que Michael sans qu’il ne tente aucune approche de séduction. Il ne la traite pas en bête curieuse ou en cible, mais en bien en soutien nécessaire.

Mavis est irrémédiablement attirée par un homme qui ne veut pas d’elle mais qui la connaît comme si elle était sa sœur et qui la respecte autant qu’il l’estime. Elle déclare à plusieurs reprises « C’est un homme bien. Il est gentil. »

Chez une comme chez l’autre, la gentillesse des hommes est un facteur déclenchant. C’est un fait rare, qui mérite de la reconnaissance et qu’elles traitent en tant que tel. Le constat est cependant amer.
« J’ai toujours su compter sur la bonté des inconnus », déclarait Huma dans Tout sur ma mère, résumant le problème affectif de ces héroïnes à cran.
La gentillesse est rare, la gentillesse est louche. Etre sensible à la gentillesse s’achève toujours sur un fiasco émotionnel (Mavis et Lisbeth sont rejetées par les hommes qui leur ont tendu la main et qu’elles ont voulu aider à leur tour).

La gentillesse devient donc uniquement un moyen de parvenir à ses fins, quelque chose dont il faut profiter sur l’instant, quitte à se donner pour que l’échange soit équitable, et clore là la transaction.

Sans aller aussi loin dans le refus d’engagement émotionnel, les relations hommes-femmes n’ont-elles pas beaucoup évolué depuis les représentations en traits grossiers de femmes cherchant à tout prix à s’engager ou tombant infailliblement amoureuses ?

04.02.12 2
Zoom LES ANTI HEROÏNES #4
L’apparence
Pour Mavis, l’apparence est une arme sociale, une façon d’écraser autrui sous son évidente supériorité, et pour cela son corps est dressé à la compétition. Ses rendez-vous avec Buddy sont minutieusement et stratégiquement préparés.
Celui de Lisbeth est aussi entraîné au combat, de façon plus évidente et en écartant la séduction. Son objectif n’est pas d’affronter les autres en les fascinant mais de se réapproprier son corps par des modifications visibles (tatouage, piercing) ainsi que d’en faire une arme fiable.
Toutes les deux mettent en scène leurs physiques comme des comédiennes endossant différents rôles. On voit l’une (Mavis) choisir une tenue qui l’aidera à impressionner sa rivale, l’autre se déguiser pour mener à bien son entourloupe bancaire (Lisbeth).
Nous sommes bien loin des représentations traditionnelles des femmes et de leurs désirs d’apparence. Pourtant, lorsque l’on chausse d’inconfortables boots de 12, le but est-il de se “sentir jolie” (expression fourre-tout) ou bien de s’approprier le rôle d’une jeune femme capable d’une séduction offensive pour se donner plus de courage ?

LES ANTI HEROÏNES #4

L’apparence

Pour Mavis, l’apparence est une arme sociale, une façon d’écraser autrui sous son évidente supériorité, et pour cela son corps est dressé à la compétition. Ses rendez-vous avec Buddy sont minutieusement et stratégiquement préparés.

Celui de Lisbeth est aussi entraîné au combat, de façon plus évidente et en écartant la séduction. Son objectif n’est pas d’affronter les autres en les fascinant mais de se réapproprier son corps par des modifications visibles (tatouage, piercing) ainsi que d’en faire une arme fiable.

Toutes les deux mettent en scène leurs physiques comme des comédiennes endossant différents rôles. On voit l’une (Mavis) choisir une tenue qui l’aidera à impressionner sa rivale, l’autre se déguiser pour mener à bien son entourloupe bancaire (Lisbeth).

Nous sommes bien loin des représentations traditionnelles des femmes et de leurs désirs d’apparence. Pourtant, lorsque l’on chausse d’inconfortables boots de 12, le but est-il de se “sentir jolie” (expression fourre-tout) ou bien de s’approprier le rôle d’une jeune femme capable d’une séduction offensive pour se donner plus de courage ?

04.02.12 1
Zoom LES ANTI HEROÏNES #3
La réussite professionnelle
Chacune est talentueuse et excelle dans son domaine. Cependant, leurs réussites sont en demi-teintes. Comme détournées de leurs talents, elles semblent réduites à appliquer leurs dons dans des tâches sans commune mesure avec ce qu’elles sont capables de faire en réalité. La série de romans pour adolescents pour laquelle Mavis travaille sans reconnaissance est passée de mode. Avant que Michael ne l’embauche de force, Lisbeth remplissait des missions d’espionnage de boîtes mails qu’on imagine aussi passionnantes qu’un week-end au Havre. Toutes deux travaillent donc dans l’ombre. L’idée dominante des années 80 de la working girl réussissant par la seule force de sa volonté est balayée. Disons sobrement qu’une petite crise est passée par là.

LES ANTI HEROÏNES #3

La réussite professionnelle

Chacune est talentueuse et excelle dans son domaine. Cependant, leurs réussites sont en demi-teintes. Comme détournées de leurs talents, elles semblent réduites à appliquer leurs dons dans des tâches sans commune mesure avec ce qu’elles sont capables de faire en réalité.
La série de romans pour adolescents pour laquelle Mavis travaille sans reconnaissance est passée de mode. Avant que Michael ne l’embauche de force, Lisbeth remplissait des missions d’espionnage de boîtes mails qu’on imagine aussi passionnantes qu’un week-end au Havre. Toutes deux travaillent donc dans l’ombre. L’idée dominante des années 80 de la working girl réussissant par la seule force de sa volonté est balayée.
Disons sobrement qu’une petite crise est passée par là.

04.02.12 1

LES ANTI HEROÏNES #2

En fin d’année dernière et au printemps de celle-ci sont sortis coup sur coup deux films en apparence que rien ne rapproche avec pourtant des figures féminines mises en place au coup de poing plutôt que dépeintes à la plume de cygne.

Quand l’héroïne d’un carton interplanétaire est une môme désaxée qui rejette les normes sociales et que Charlize Theron est saluée par la critique comme ayant trouvé le plus rôle de sa carrière en jouant une femme qui crache cordialement sur l’institution sacrée du mariage, ce n’est pas anodin.

Ces personnages féminins, complexes et denses campés par Rooney Mara dans Millenium et Charlize Theron dans Young Adult ont déjà ce point commun d’être des représentations de l’intelligence et d’une forme assez aboutie de réussite professionnelle conjuguée au féminin. Il y a de sacrés bémols, bien évidemment.
Mais curieusement, la représentation de la femme qui réussit a radicalement changé.

Auparavant, la busy-girl qui s’était façonné un petit royaume autour de son talent était presque immanquablement névrotique, triste et en plein échec amoureux. C’était la Cameron Diaz de The Holiday qui souffre de la solitude dans son palace californien mais qui bienheureusement trouve l’amour en allant se ressourcer près de la nature dans un bled anglais. C’était notre névrose du moment : trouver du sens (le retour aux origines, les relations dites « vraies »).

Aussi bien R.M dans Millenium que C.T dans Young Adult sont des anti busy-girl à la recherche du mari idéal (et de leur équilibre personnel). Ce ne sont pas des trentenaires désabusées, ni des filles sexy, ni des bonnes copines.  Ce sont des anti clichés de la presse magazine féminine, en bref des anti Cameron Diaz.
Ce sont les caricatures scéniques des nouvelles interrogations d’une génération qui veut se voir représentée pour ce qu’elle est et non jaugée à ses diverses réussites.
Qui perçoit le bien-être comme la somme de facteurs tout personnels et non pas une grille de critères à cocher.

A première vue pourtant, ces deux caractères n’ont rien en commun. Lisbeth (interprétée par R.M) est une surdouée, une hackeuse façon animal aux abois qui montre les dents dès lors qu’on l’approche de trop près. Mavis (C.T, Young Adult) est une ghost-writer de trente-sept ans qui malgré sa réussite professionnelle refuse de grandir et s’entête à aller récupérer par le fond du jean son falot ex-boyfriend dans son patelin natal du fin fond des Etats-Unis, alors que celui-ci vient d’être papa.

Pourtant les points communs entre ces deux personnages féminins, l’un émouvant (Lisbeth) et l’autre détestable (Mavis) sont plus nombreux que les cheveux sur la tête d’un chauve.

04.02.12 1
Zoom LES ANTI HEROÏNES #1
Parmi les clichés attendrissants de la communication, avant on pouvait compter sur la ménagère de moins de cinquante ans. Aujourd’hui, on a la Shiva Combative.« Les femmes actuelles me fascinent. Elles parviennent à tout gérer à la fois. Travail, mari, enfants, vie sociale… ».
Cette assertion m’horripile. Dans 99% des cas, elle est prononcée par quelqu’un qui a quelque chose à vendre. La dernière fois que je l’ai entendue, c’était dans la bouche d’Alber Elbaz qui expliquait pourquoi il avait mis des épaulettes dans son dernier défilé. L’avant-dernière, une journaliste de presse féminine qui expliquait en quoi, selon elle, cette femme polymorphe et multifonctions n’avait pas de temps à consacrer à Twitter.Provoquant par là une salve digitale de sarcasmes.
Au-delà d’un gouffre sociologique (Quelle femme ? Tranche d’âge ? CSP ? Lieu d’habitation ? Non mais sérieusement, on parle de qui, au juste ?) cette assertion est purement et simplement un délit flagrant de démago appliquée.
Ensuite, elle implique tout un tas de trucs qui me grattent désagréablement le cerveau:
1) Les hommes ne gèrent-ils donc rien, eux ? Parce qu’il me semble qu’eux aussi mènent de front travail, vie de de couple et vie sociale. Les concernant, est-ce qu’il n’y aurait aucun mérite à applaudir ? Ou alors, bien pire (attention, c’est hérissant), il faut se stupéfaire de la capacité des femmes à travailler et à continuer d’assumer des rôles dits traditionnels (tâches ménagères, éducation des enfants…). Horripilant, dans les deux sens.
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2) Cela serait un phénomène récent, on parle de la femme d’aujourd’hui. Nos mères, elles, ne géraient rien. Etrange, il me semblait que cette génération avait pourtant brillamment démontré à ses enfants ce que pouvait faire le féminisme à l’échelle politique.
3) Mettons par exemple qu’une femme ne soit ni mariée ni mère de famille, cela implique qu’elle a moins de défis à affronter, que sa vie n’est faite que d’amusements ? Merci de m’avoir prévenue, j’ignorais que j’étais en sinécure.
Ou mettons qu’elle assure au boulot mais que l’éducation de ses enfants va à vau-l’eau. Qu’est-ce qu’on fait, on la flagelle ?
Comment procéder pour déterminer le mérite de quelqu’un à « gérer » sa vie, est-ce qu’il existerait des diagrammes ou des graphiques ?
 En bref, encore une invention où la comm et le marketing avancent conjointement comme des époux au pied de l’autel pour nous faire passer pour de grosses looseuses. Parce qu’il y a FORCEMENT un aspect que vous ne gérez pas, les cocottes.  Bande de nulles. Les autres y arrivent très bien, et par-dessus le marché elles parviennent à rester jolies. Vous reprendrez bien un peu d’épaulette printemps-été pour vous en sortir ?
Le problème des généralités bien packagées, c’est que peu importe que le paquet soit attractif et qu’il y ait un joli ruban. Comme pour une question « à la cantonnade » à laquelle personne ne répondra jamais, la généralité démago qui se voudrait flatteuse va peut-être aller dans le sens de quelques ego, en culpabiliser plus et passer à 3 000 au-dessus de la tête de toutes les autres.
Les femmes d’aujourd’hui s’en foutent de ne pas être parfaites. Elles le savent bien, que leurs existences sont perfectibles, que dans certains domaines elles sont à côté de la plaque. Les personnages féminins qui nous fascinent et sont attachants ont des failles, de gros ratés, des personnalités fortes. Insister sur l’expression d’une personnalité sur certains aspects non performante mais sur d’autre unique et attachante me paraît bien plus productif et interpellant que d’exhorter à l’accomplissement par des moyens. Via le travail, via le foyer : ce sont des modes de représentations brisés qui n’abusent plus personne.
Ce que chacun veut, homme ou femme, c’est de voir sa propre petite personne magnifiée, avec ses erreurs et ses doutes, quelque soit sa situation professionnelle ou sa situation familiale, éléments bien trop éclatés, divers et difficiles à placer sur une échelle de valeurs qui serait universelle. Bienvenue dans le règne du singulier. 

LES ANTI HEROÏNES #1

Parmi les clichés attendrissants de la communication, avant on pouvait compter sur la ménagère de moins de cinquante ans. Aujourd’hui, on a la Shiva Combative.
« Les femmes actuelles me fascinent. Elles parviennent à tout gérer à la fois. Travail, mari, enfants, vie sociale… ».

Cette assertion m’horripile. Dans 99% des cas, elle est prononcée par quelqu’un qui a quelque chose à vendre. La dernière fois que je l’ai entendue, c’était dans la bouche d’Alber Elbaz qui expliquait pourquoi il avait mis des épaulettes dans son dernier défilé. L’avant-dernière, une journaliste de presse féminine qui expliquait en quoi, selon elle, cette femme polymorphe et multifonctions n’avait pas de temps à consacrer à Twitter.
Provoquant par là une salve digitale de sarcasmes.

Au-delà d’un gouffre sociologique (Quelle femme ? Tranche d’âge ? CSP ? Lieu d’habitation ? Non mais sérieusement, on parle de qui, au juste ?) cette assertion est purement et simplement un délit flagrant de démago appliquée.

Ensuite, elle implique tout un tas de trucs qui me grattent désagréablement le cerveau:

1) Les hommes ne gèrent-ils donc rien, eux ? Parce qu’il me semble qu’eux aussi mènent de front travail, vie de de couple et vie sociale. Les concernant, est-ce qu’il n’y aurait aucun mérite à applaudir ? Ou alors, bien pire (attention, c’est hérissant), il faut se stupéfaire de la capacité des femmes à travailler et à continuer d’assumer des rôles dits traditionnels (tâches ménagères, éducation des enfants…). Horripilant, dans les deux sens.

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04.02.12 9
Une image en 250 mots

« Ferme-la ! » m’ordonna Albert en me donnant une claque à l’arrière de la tête.
Albert, c’était mon grand frère. Mes parents l’avaient appelé comme ça en hommage à un écrivain français qui écrivait de très belles choses, même si à la maison la seule chose qu’on lisait c’était le journal de la région.
Albert n’avait pas trop une tête à un être hommage. C’était un bagarreur hors du commun et le préféré de Papa pour aller rabattre les troupeaux, mais pas un hommage à autre chose qu’à la bonne terre fraîche du Montana.
On avait amené de la bière volée à Papa. On venait si souvent à cette planque qu’on pouvait retrouver la trace de nos genoux dans la terre. Albert aimait que je me taise quelques minutes avant que le train allant vers New York n’arrive. Il voulait percevoir les premiers sifflements et crissements des roues sur les rails froids, comme un renard en embuscade.
Ensuite, le martèlement s’intensifiait. On se couchait plat ventre à terre tandis que passait le grondement de la ferraille chromée, la locomotive fumante, ces petites fenêtres où des personnes de la ville prenaient du thé  – mais on n’avait jamais le temps de les apercevoir – dans la lumière orange du soir.
Albert observait en silence le cul du train qui, un jour, le sortirait du Montana. Et puis on retournait à la maison en prenant soin de cacher les bières vides.
Voilà, c’était fini, le train vers la ville était passé.

03.31.12 1
L’odeur du tilleul

Comme la plupart des hommes en compagnie d’une femme qui leur plaît, il parle beaucoup, très vite, en la fixant d’un regard à la fois avide et effrayé.
Ils sont en terrasse d’un café italien et attendent leurs plats en faisant face à cette épreuve de devoir rester assis sans pouvoir bouger ni rien faire, occupés uniquement à se regarder l’un l’autre.
Elle joue machinalement avec un coin de sa serviette, il appuie le tranchant de son couteau sur la nappe en épais coton et y imprime un liséré de points.
Il lui raconte ses journées au travail, les voyages qu’il voudrait faire, son agacement de se sentir pris au piège dans une ville d’idiots constamment angoissés et méchants.
Son débit rapide suit un rythme désordonné, elle n’en écoute que quelques mots volés çà et là, étire sa bouche à l’évocation d’une anecdote qui provoque chez lui un rire tendu, pince les lèvres en signe de compassion au récit de cette douleur terrible dans le dos certains soirs - le stress -, elle le suit en pensée lorsqu’il évoque les jungles odorantes de l’Amérique Latine et les marchés tapageurs de l’Asie, yeux à demi-clos sous la violente emprise du rêve.

Elle se demande pourquoi l’attirance, vécue par un homme, a une telle odeur de désespoir. Elle se dit que la conscience de la mort doit chez eux être particulièrement aigüe, à la limite du soutenable. S’ils avaient moins peur de mourir, ils seraient également moins effrayés à l’idée de manquer d’hypothétiques opportunités de s’envoyer toutes les filles croisées en chemin. Les jolies comme les moches. Sa mère lui disait tout le temps que les hommes ne font pas si grand cas de la beauté d’une fille pour peu qu’ils puissent passer la nuit avec elle car tout ce qui importe, c’est qu’elle ne dise pas non. Ils seraient même prêts à dormir avec une femme objectivement repoussante.
Il faut vraiment être angoissé par l’idée de ne pas être immortel pour en arriver là.

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03.27.12 2